Des annonces, mais une nécessité d’aller bien plus loin pour reconstruire notre service public d’éducation

Les réponses apportées aux lycéens et étudiants concernent au premier chef les conditions de travail des personnels de l'éducation nationale et de l'ESR qui devront les mettre en œuvre. Elles ne sauraient suffire et doivent être un point de départ pour reconstruire notre système d'éducation.

La crise actuelle montre combien notre système d’éducation et de formation, scolaire et universitaire, a besoin d’être remis sur pied. Il faudra tenir compte des évolutions sociétales comme l’arrivée de l’IA et les changements climatiques, mais aussi lui donner les moyens d’accompagner les parcours des élèves et des étudiants par des évolutions pédagogiques et des financements suffisants.
Par ailleurs, la reconstruction de notre système public d’éducation et d’enseignement supérieur doit également intégrer la revalorisation des rémunérations et le respect des engagements de l’État, à l’inverse de ce qu’il s’est passé, par exemple lors de la négociation de la loi de programmation de la Recherche (LPR) qui prévoyait l’amélioration des rémunérations et des carrières pour les personnels de l’ESR.

Les annonces portées par les ministres de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur constituent un début de réponse pour reconstruire notre système public d’éducation avec les personnels qui le font fonctionner.

Conditions d’enseignement et accompagnement

1. Plafonnement des effectifs de seconde à 28 sur deux ans

Cela se traduira par la création de 500 postes dans le PLF 2027, et ce plafonnement devrait s’organiser sur deux ans : 50% des lycées les moins favorisés à la rentrée 2027, les autres 50% en 2028.

C’est une mesure qui va dans le bon sens mais pour la CFDT, il est nécessaire d’examiner au cas par cas les besoins des établissements au regard des différents critères que sont l’indice de position sociale (IPS) de l’établissement, les caractéristiques du territoire, les besoins des élèves accueillis…

Décréter un plafonnement des effectifs ne répond pas à la question de l’accompagnement des élèves qui ont besoin d’un soutien spécifique pour mieux comprendre les attendus scolaires et entrer dans les apprentissages.

Donner plus de moyens à celles et ceux qui ont plus besoin d’accompagnement pour progresser et pour construire leur parcours est un principe que défend la CFDT depuis la création de l’éducation prioritaire portée par notre fédération dès 1972.

Pour la CFDT :

  • la question des programmes doit faire l’objet d’une réflexion d’ampleur car ces derniers ne tiennent pas compte des différents rythmes d’apprentissage et des besoins d’accompagnement,
  • la formation des enseignant·e·s doit être à nouveau possible sur le temps de travail et ne pas être réduite à du distanciel ; elle doit être renforcée avec une augmentation du volume horaire dédié et surtout répondre à leurs besoins professionnels,
  • il devient également très urgent de donner du temps dédié pour le travail en équipe dans les écoles et les établissements scolaires.

 

2. Contrôle continu et organisation scolaire

Le ministre souhaite ouvrir deux débats :

  • sur le poids du contrôle continu au regard de ce que disent les lycéen·ne·s qui ont l’impression d’être évalués en permanence
  • sur les modalités d’organisation de la scolarité, particulièrement sur :
    • les combinaisons de spécialités
    • l’enseignement des maths en 1re hors spécialité,
    • l’enseignement scientifique…

Une refonte de ces éléments conduirait à une réforme et nécessiterait du temps. Dans un premier temps, la réflexion porterait sur les ajustements possibles pour 2027.

Pour la CFDT :

  • Sur les combinaisons de spécialités, de nombreux élèves ont déjà des choix fortement réduits notamment dans les lycées ruraux et de petite taille.
  • Sur le contrôle continu, qu’il soit réduit à l’année de terminale ou pas, cela ne résoudra pas la pression normative des évaluations dans notre système scolaire, pression qui pèse de fait sur les personnels.
  • Une réflexion d’ampleur doit donc être menée sur l’évaluation et sur les programmes. Le bilan de la réforme du bac doit être dressé et les conclusions prises en compte avant de décider de nouvelles mesures.

les évolutions qui seraient envisagées doivent être décidées au prisme de l’impact sur les conditions de travail des personnels et de leur mobilité.

Accompagnement à l’orientation, Parcoursup, formations post-bac

La réflexion sur les améliorations de Parcoursup pour 2027 est conduite par l’Enseignement supérieur. Seront abordées :

  • transparence des algorithmes locaux,
  • lettre de motivation devenant une exception,
  • informations plus claires sur l’ouverture des formations,
  • explicitation des refus,
  • suppression de la mention du lycée d’origine…

Le ministre a annoncé la création de 15000 places de formation post-bac : 10000 places en BTS, 4000 en BUT et 1000 pour la filière santé. Cela se traduira par la création de 1200 postes d’enseignant pour les BTS. Enfin, il a été annoncé que les élèves de seconde auront accès à la plate-forme pour se familiariser avec l’outil.

Pour la CFDT :

  • La création des 15000 places en formation post bac ne doit pas occulter le grand rattrapage à effectuer tant sur le nombre de places pour éviter que des bacheliers restent sans formation, que sur le financement des universités dont les subventions subissent des baisses draconiennes, les empêchant de créer les emplois nécessaires pour ouvrir des formations ou organiser l’accompagnement des étudiants dans leur parcours.
  • Les 54 heures d’orientation doivent être financées et l’organisation du travail des enseignants professeurs principaux doit être prise en compte au regard de la charge de travail que cela représente, à un point tel qu’il devient de plus en plus difficile de trouver des enseignants pour exercer cette mission conséquente.
  • Il y a nécessité à renforcer l’accompagnement à l’orientation avec des psy EN en nombre suffisant dans les établissements.

L’accompagnement à l’orientation reste le parent pauvre de ces annonces.

Santé mentale

200 postes supplémentaires de personnels infirmiers, de services social et psychologues seront créés, s’ajoutant aux 300 postes prévus initialement. Nous ne connaissons pas la répartition entre les corps.

Pour la CFDT :

  • Si les problèmes de santé mentale peuvent survenir en raison de causes externes, le climat scolaire et la pression scolaire sont aussi deux éléments susceptibles de causer du mal-être.
  • Des élèves mieux dans leur établissement scolaire et mieux dans leur scolarité, c’est moins de problèmes de santé mentale. Certains dispositifs comme les micro lycées font leurs preuves en permettant à des élèves de reprendre confiance et de reprendre un parcours scolaire. Les sujets des effectifs de classe, de l’accompagnement et du relationnel avec les élèves sont cruciaux.

La bonne santé mentale des jeunes est une affaire collective.

Bâti scolaire

Locaux vétustes, salles trop petites pour accueillir les élèves, mobilier insuffisant, températures insupportables, fuites d’eau etc… ce sont aussi les conditions de travail des personnels qui sont concernées ! Le gouvernement propose des possibilités de financement aux collectivités.

Pour la CFDT :

  • Il est nécessaire que les collectivités communiquent sur leurs programmes de rénovation bâtimentaire auprès des représentants des personnels via l’Education Nationale dans le cadre du dialogue social
  • Les représentants des personnels  doivent avoir des informatio.ns au niveau local pour s’assurer de l’effectivité des travaux en fonction des urgences pour travailler dans de bonnes conditions.

Démocratie lycéenne

Le ministère souhaite renforcer la représentation lycéenne dans les instances (CA, CAEN, CSE) et celle des lycéens de la voie professionnelle.

Pour la CFDT :

  • Il est nécessaire de faire vivre une réelle démocratie lycéenne au sein de des établissements scolaires. Cela signifie qu’il est nécessaire de créer des espaces d’expression pour que les paroles des lycéens et lycéennes soient entendues et prises en compte.

 

Et maintenant ?

Dès cette semaine, des groupes de travail se réuniront pour travailler sur les différents sujets. La CFDT Éducation Formation Recherche Publiques y participera en veillant à ce que les effets de ces mesures améliorent les conditions de travail des personnels et favorisent les conditions d’apprentissage des élèves et leur bien-être.

Pour la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques, outre les mesures de court terme, il est urgent de reconstruire notre système public d’éducation pour des parcours scolaires réussis et des conditions de travail optimales. L’éducation n’est pas un coût mais bien un investissement pour l’avenir.